Discussion avec Olga

Jeudi 13 février, j’ai partagé un café avec Olga, autour duquel nous avons discuté de mode éthique, des différentes matières et tissus, de style, et d’acceptation de soi. Merci à Olga de m’avoir accordé de son temps, j’ai bien rigolé et évidemment, appris beaucoup de choses.


LUNATIQUES : Bonjour Olga ! Pourrais-tu te présenter et nous dire un peu ce que tu fais dans la vie ?

OLGA : Je suis en deuxième année de BTS en Textile-Matière-Surface à l’école Duperré à Paris, une école de mode connue surtout pour sa formation en mode mais qui forme à d’autres sections d’arts appliqués, dont le textile, ce que je fais. Ça touche énormément à tout ce qui est création de matières, de surface.

L: Comment as-tu découvert la mode éthique, de seconde main ? As-tu eu un déclic ?

O: J’ai bossé l’été il y a deux ans dans une grande enseigne de prêt-à-porter à Paris (on ne dira pas le nom ici), deux mois en tant que vendeuse. J’y ai découvert la fast-fashion, j’y ai même participé clairement. Du coup, au-delà de la consommation de vêtements, je me suis rendue compte à quel point les chiffres d’affaires pendant les soldes étaient énormes, toutes les deux semaines environ les collections étaient renouvelées. Même si les fringues ne partaient pas, elles restaient en stock dans les magasins, et au bout d’un moment elles disparaissaient sans qu’on sache où elles allaient.

L: Il y a donc très peu de tracabilité dans la fast-fashion ?

O: En tout cas pour les vendeuses et les clients, il y a un énorme manque d’informations. Après, c’est leur but à eux de changer les collections toutes les deux semaines, parce que comme tout le monde achètent les mêmes vêtements, il faut que quand tu croises une personne dans la rue cette personne ne porte pas la même chose que toi. Et c’est dingue parce que dans ce magasin, comme j’y ai bossé deux mois, partout dans la rue je reconnaissais les fringues, je devenais un radar, c’était horrible ! A partir de ce moment-là, j’ai eu un déclic en mode : « OK, c’est ça la fast-fashion ? ». Et ensuite, dans mon école, on est énormément sensibilisés là-dessus, sur les matières textiles justement. Le textile est une industrie extrêmement polluante, certains tissus nécessitent beaucoup d’eau, de pesticides. A Duperré, on étudie les micro-plastiques, tout ce qui est matières synthétiques, à base de pétrole, comme le polyamide, polyester… Forcément, ce sont les textiles les plus polluants, et justement, on a vu que si tu mets ça à la machine, tu as plein de micro-particules de plastique qui vont dans les océans, qui tuent les poissons, ou qui te tuent toi indirectement quand tu manges le poisson. C’est un vrai cercle vicieux.

L: Et est ce que tu as éprouvé des difficultés, de quelque nature, à transitioner vers une mode plus éthique ? Est-ce qu’il y a des choses qui t’ont posé problème ?

O: Déjà, je pense que ça passe beaucoup par l’éducation. Moi, j’ai une maman qui est très peu dépensière dans les vêtements, qui m’a toujours dit « si tu n’en as pas besoin, tu n’achètes pas », alors c’est sûr que c’est un peu radical, mais du coup, la plupart des vêtements que je porte sur moi sont issus de récup. Mon pull est à ma grand-mère, le t-shirt pareil, un Kenzo trop cool (je confirme, noir avec une fleur sur le devant). Et du coup le vêtement a une plus grande valeur, beaucoup plus sentimentale. J’ai acheté mon jean sur Vinted, un Levi’s avec une coupe géniale, taille haute et un peu large en bas (les meilleurs jeans), et mes Converse viennent de fripe à Paris. Mais en général je ne suis pas une grande consommatrice, donc je n’ai pas vraiment rencontré de difficultés pour aller vers une mode plus éthique. Par contre, j’ai quelques potes de mon école qui m’ont dit que s’habiller en fripe à Paris revenait vite cher, donc je pense que c’est plus intéressant de privilégier les vide-greniers ou les événements sur Facebook, ou dans les « vraies » fripes comme Emmaüs.

L: Du coup j’allais te poser la question pour savoir où est-ce que tu achètes tes vêtements, quels sont tes endroits préférés, mais visiblement, tu es plus du genre à recycler les affaires de tes proches (je le fais aussi beaucoup, j’en ai déjà parlé ici)

O: Chez ma grand-mère, ma tante, mes cousines… En plus, c’est bizarre, mais j’adore avoir ce rapport au vêtement quand je sais que quelqu’un d’autre que je connais l’a déjà porté. Beaucoup de gens pensent que le vêtement c’est ton identité, c’est toi qui affirme quelque chose, donc le fait de récupérer à quelqu’un d’autre c’est perdre un peu de cette dimension. Après, moi, c’est ça mon identité, de me réapproprier un vêtement.

L: Parce qu’en soi, un vêtement, c’est un bout de tissus qui n’a pas d’identité propre, donc je suis d’accord avec toi sur le fait que c’est à la personne qui le porte de lui conférer une identité.

O: C’est à toi de faire ce travail là. Surtout que finalement, les Emmaüs ou les autres endroits comme ça, c’est là où tu vas trouver des trucs de vraiment bonne qualité, pour moi c’est hyper important de regarder l’étiquette et la composition d’un vêtement, si je vois marque « 100% coton », je me pose pas trop de questions. C’est essentiel. Tu peux trouver des petits foulards en soie, des trucs super beaux et pas trop chers. A l’inverse, les pièces des grands magasins sont super jolies pour la plupart, mais elles s’usent tellement vite, et tu t’en lasses aussi très vite parce que tu sais que tu ne l’as pas payé chère.

L: Et puis, c’est quand même beaucoup plus impersonnel que de choper une petite pièce « unique » en friperie ou dans des brocantes. Ce genre de vêtement n’a pas d’histoire, et tu ne peux pas lui en créer une, parce que tout le monde a le même, donc c’est un peu dommage.

O: En plus, comme on suit tous la mode courante, tu rentres vite dans un moule. Le plus inquiétant, c’est qu’il y a encore des personnes qui n’ont pas conscience de ça. Moi j’ai vraiment pris conscience de l’ampleur de cette industrie que, vraiment, depuis que je suis à Duperré. Avant, je le savais sans le savoir. Et comme on est très sensibilisés à ces questions dans mon école, le fait qu’on soit les futurs designers de demain, en mode comme en textile, il y a souvent des petites marques lancées parmi les élèves. Il y a une élève de l’école que je suis sur Instagram, qui fait des sacs à partir de récupération de foulards qui sont magnifiques (le lien vers le compte ici, j’adore vraiment). On essaie de réfléchir à un rapport à la mode éthique, soit dans le récupération, soit dans la création même du textile, voir ce qui est le moins polluant.

L: Et clairement, ce sont ces petites marques émergentes qui vont faire prendre conscience aux plus grands groupes textiles qu’il y a une vraie demande éthique derrière, et qui vont faire bouger les choses. De toute manière, avec une bonne éducation conscientisée et une réflexion personnelle, tout le monde peut comprendre qu’il y a un réel problème sociétal encore beaucoup trop obscur, et que c’est en bougeant qu’on va faire bouger les choses. Je vais finir par une petite question plus fun : peux-tu nous dire quelle est ta pièce que tu as chinée, ou que tu as récupéré à droite ou à gauche que tu préfères ?

O: Je la porte sur moi ! C’est vraiment ce t-shirt Kenzo, je le trouve magnifique. Déjà, il est méga confortable, c’est un truc que je porte aussi bien en pyjama, en allant faire du sport, mais aussi en tenue de soirée si je mets des talons avec, ça peut être hyper cool. Il est 100% coton, hyper doux, et il tient super bien à la machine, il n’est pas délavé, ou peut-être qu’il est un peu délavé par rapport à il y a trente ans quand ma grand-mère le portait, mais sincèrement, je ne le vois pas et puis ça lui donne un petit côté rétro. Et comme il est à ma grand-mère, il a une valeur sentimentale énorme. Et en plus, j’adore Kenzo !

L: Génial. Et pour terminer, petite question un peu plus ouverte, mais est-ce que pour toi, le style, ce que tu dégages, peut aider dans l’acceptation de soi ?

O: Je pense que oui, beaucoup parce que déjà au lycée on me disait souvent que ça se voyait que j’en avait rien à faire de ce que je portais, mais je m’en fichais. Je des pantalons un peu large, type sarouels mais version moins typée, j’essaie un peu de transformer le truc mais clairement c’était des sarouels, avec des Converses. J’aimais bien ce look un peu chill mais chic, pas le truc juste confortable. J’aime bien me sentir à l’aise dans mes vêtements, et je pense que du coup je dégage un truc un peu en mode « on s’en fout de ce que tu portes, si tu te sens bien dedans ». Après je pense aussi que c’est important que le vêtement mette en valeur ton corps, d’une certaine manière, sans que tu aies l’air étriquée pour autant. Et puis les vêtements représentent un peu ton mood aussi, genre les matins où j’ai la flemme de bouger, d’aller en cours, ça va directement se ressentir dans ma tenue et ma journée va mal se passer (je relate tellement).


J’espère sincèrement que cet article vous aura plu. Personnellement, j’ai adoré discuter de mode éthique pendant une heure, avec une personne aussi intéressante. J’aimerais vraiment continuer cette série d’interviews, donc si vous être en sur Paris ou Compiègne, et que vous voulez prendre un peu de temps pour échanger sur la mode responsable, n’hésitez pas à m’envoyer un message, j’en serai ravie.