Au commencement de la presse de mode

Une exposition du Musée des Arts Décoratifs à Paris, qui se tiendra entre le 28 février et le 14 juillet 2020, et qui m’a, encore une fois, émerveillée. Retour sur l’évolution du premier magazine de mode de l’histoire.

Vous le savez déjà si vous avez lu mon précédent article, mais ce musée est de loin mon musée préféré à Paris. Alors quand j’ai vu l’intitulé de leur nouvelle exposition temporaire, je n’ai pas hésité une seconde.

Harper’s Bazaar (Bazar avec un seul « a » jusqu’en 1929) est un magazine créé en 1867 à New-York, par le groupe Harper & Brothers. A la tête de la rédaction, Mary Louise Booth incarne dès la création du mensuel l’univers du magazine: de la mode, oui, mais aussi de la littérature, de l’art, beaucoup d’art, et un formidable moyen de diffuser des idées féministes et abolitionnistes (à une époque où l’esclavage était encore perpétué aux Etats-Unis). Moderne et libérateur, le magazine se veut intellectuel, percutant et en phase avec son temps. Toujours publié et lu aujourd’hui, Harper’s Bazaar incarne une vision de la mode décomplexée qui a su évoluer avec les années, pour proposer un contenu toujours plus actuel et inclusif. Je connaissais ce magazine de nom, mais n’en avais jamais acheté auparavant. Autant vous dire qu’après avoir visité cette expo, je me suis abonnée à tous leurs comptes sur les réseaux, et je compte bien m’abonner pour recevoir les exemplaires papier de sitôt!

L’exposition « Harper’s Bazaar, premier magazine de mode » est présentée dans les galeries de la mode du Musée, sur deux étages. C’est une exposition assez conséquente, donc allez-y si vous avez du temps à y consacrer!


Dès l’entrée, un mur entier est recouvert de quelques unes du Bazaar, une mise en bouche très efficace je trouve, qui met directement les visiteurs dans le bain:

Au niveau de la scénographie et de l’agencement de l’exposition, je ne peux qu’applaudir: les premières pièces sont très peu éclairées, et quelques spots seulement placés stratégiquement mettent en lumière les éléments les plus intéressants, tandis que les salles de l’étage sont baignées de lumière naturelle, une transition élégamment amenée par un bel escalier de pierre, duquel on peut apercevoir la Tour Eiffel. Pour le coup, j’ai vraiment préféré cette scénographie, par rapport à la précédente exposition que je vous avais présentée, et que vous pouvez retrouver ici. J’ai été séduite du début à la fin, sans interruption.

Des bijoux Cartier, qui se reflétaient en ombres chinoises sur le mur
La une d’avril 1968

J’ai particulièrement aimé le fait que l’exposition n’est pas constituée seulement de unes ou de photos, comme ce à quoi on aurait pu s’attendre pour une exposition sur un magazine de mode. Au contraire, des robes présentées dans les magazines sont exposées dans les galeries, juste à côté du croquis initial du créateur. Parmi elles, des robes signées Dior, Madeleine Vionnet, Balenciaga, Chanel… J’ai trouvé ingénieux le fait de placer les robes à côté de leur croquis, et de voir la robe concrètement réalisée est super intéressant quand on a le croquis original sous les yeux.

De plus, une grande partie de l’exposition est consacrée au processus d’écriture journalistique, aux photographes, aux mannequins, aux rédacteurs, ce qui en fait selon moi une exposition complète, et qui n’omet aucun rôle dans ce mécanisme médiatique complexe. Enfin, les dernières salles sont davantage tournées vers les adaptations du magazine dans les œuvres d’art, et notamment dans la comédie musicale Funny Face de Stanley Donen (1957) dans lequel jouent, entre autres, Audrey Hepburn et Fred Astaire. On retrouve également les unes représentant les top models les plus iconiques des années 1980, comme Naomi ou Claudia Schiffer, ainsi que de magnifiques robes issues des collections du musée.

J’ai rarement été aussi bouleversée par une exposition. J’ai trouvé celle-ci particulièrement réussie, et j’ai vraiment apprécié qu’elle mette autant en avant l’histoire du journalisme de mode. Plusieurs formes médiatiques sont convoquées: extraits de films, vrais modèles de robes, photographies, exemplaires de magazines, un choix très pertinent pour une exposition sur l’évolution d’un périodique de mode.


A la toute fin, vous pouvez de nouveau admirer un mur où sont affichées les unes les plus récentes du magazine, avec les super models d’aujourd’hui, après avoir contemplé celles de Naomi Campbell, Kate Moss, ou encore Cindy Crawford. Fun fact, devant ce mur de photographies, un monsieur est venu me voir pour me demander laquelle de ces unes était ma préférée. Il se trouve que c’était tout simplement le directeur artistique des couvertures du Harper’s Bazaar, qui faisait un petit tour des visiteurs pour connaître leur une préférée. J’ai pu discuter un peu avec lui, et laissez-moi vous dire, j’étais très, très émue par cette rencontre!

Une petite anecdote, qui ne me fera pas oublier de sitôt cette belle exposition au MAD, un peu hors du temps, et déjà tellement dans le futur. Je vous conseille vivement d’y faire un tour, ou d’aller consulter le site du musée, très complet, et qui regorge de vidéos et autres photographies très intéressante sur ce magazine.

« Harper’s Bazaar: premier magazine de mode » au Musée des Arts Décoratifs de Paris, du 28 février et 14 juillet 2020. Entrée gratuite pour les moins de 26 ans, tarif normal 14€.

PS: la boutique de l’expo était presque aussi cool que la visite en elle-même, je vous recommande fortement d’y passer ! 😉