Yves Saint Laurent de Laurence Benaïm

Un gros pavé de cinq cent pages acheté à la braderie de Lille pour cinq euros il y a (trop?) longtemps, un peu désespérant par sa taille, mais que je me suis finalement décidée à ouvrir, pour le meilleur et non le pire.

En lisant le magnifique livre intitulé tout simplement Mode, de Charlotte Seeling, livre sacré de l’art du fil et des aiguilles, j’ai trouvé l’histoire d’Yves Saint Laurent très intéressante, et ça y est, ma curiosité était piquée. Je me demandais qui se cachait derrière cet homme, ce créateur, lunatique (tiens donc) et tellement mystérieux. Petite info au passage, je vous conseille vraiment le livre de Charlotte Seeling, disponible dans à peu près toutes les librairies, il est assez récent, il coûte une cinquantaine d’euros je crois, du coup si ça peut vous donner une idée de cadeau de Noël ou autres, foncez il est vraiment bien. Je m’y référerai plusieurs fois dans cet article d’ailleurs. (lien pour le retrouver d’occasion ici)

Dans son livre, qui se prête davantage à la biographie romancée, Laurence Benaïm, journaliste chez Le Monde, nous renvoie en 1936, année de naissance d’Yves Mathieu Saint Laurent à Oran, en Algérie. Depuis son enfance, tracassé par les autres enfants desquels il ne se sentait pas le semblable. Plus attiré par les robes de sa mère, Lucienne, qu’il conseille depuis toujours sur ses tenues, il participe au concours du Secrétariat de la Laine en 1954, qu’il gagne, grâce à un dessin d’une robe de soirée en crêpe noir. A la deuxième place, un autre couturier bien connu aujourd’hui, Karl Lagerfeld. Cette année-là, Yves Saint Laurent n’a que dix-huit ans. A la suite de ce concours, il est repéré et engagé dans la maison de couture de Christian Dior. A la mort de celui-ci, il fonde sa propre maison, à qui il donne son nom, comme un double de lui-même.

Le croquis qui lui vaudra la première place du concours

Laurence Benaïm additionne son récit d’un grand nombre de sources, aussi bien des documents d’origine que des témoignages de l’entourage du couturier. Ce sont d’ailleurs ces témoignages qui font vraiment toute la dynamique de ce livre, avec une valeur testimoniale très forte. Parmi eux, de nombreux sont de Loulou la Falaise, Mademoiselle Chanel, Catherine Deneuve, Pierre Bergé…

Je tiens aussi à préciser qu’à la fin de l’édition que je possède (celle de 2002) je ne sais pas si c’est aussi le cas pour la plus récente, il y a une entrevue entre l’autrice et le créateur en personne. Je trouve que le fait qu’ils se soient vraiment rencontrés donne tellement plus de crédit à son récit, elle y fait plusieurs fois référence d’ailleurs.

Toute la vie d’Yves Saint Laurent est retracée en 21 chapitres très détaillés, avec au milieu un portfolio comprenant quelques uns de ses dessins, des photos d’origines, et des silhouettes de ses collections. L’autrice n’hésite pas à rentrer dans les détails de sa vie les plus intimes, son alcoolisme, tous les médicaments qu’il prenait à un moment de sa vie, ses angoisses, ses doutes, mais aussi sa mégalomanie qui l’éloignait parfois de la réalité. Il a été propulsé sur le devant, le tout-devant de la scène alors qu’il n’avait pas vingt ans, et pour ça, je trouve que Benaïm a su montrer son côté humain, parfois négligé par rapport au mythe qu’il a créé avec le temps.

Les collections sont parfaitement détaillées, là encore il me semble qu’elle a assisté à bon nombre de défilés, notamment celui à Beaubourg en 2002 pour le dernier show d’Yves Saint Laurent en haute couture. De même, on perçoit très clairement l’affection qu’il ressentait pour ses mannequins, Mounia, Victoire et les autres, à qui il accordait une place capitale dans le processus de création.

Mounia lors du lancement du parfum Opium en 1983
Victoire et Yves Saint Laurent lors d’une séance d’essayage

J’ai énormément aimé la lecture de cette biographie, pas forcément toujours facile à lire pour autant, ce n’est pas comme un roman, il n’y a pas vraiment de fil conducteur. Les chapitres sont organisés par thématiques et ordre chronologique, donc il faut avoir une lecture attentive, qui peut prendre un peu plus de temps que d’ordinaire. Mais pour autant, l’écriture était fluide, agréable, et l’autrice a, je crois, réussi à montrer toute l’admiration qu’elle a manifestement pour ce couturier et sa griffe, tout en gardant une part d’objectivité nécessaire à tout récit qui se veut au plus proche de la réalité. Et pour tous ces éléments, je vous conseille absolument ce livre, qui est une vaste source d’informations sur le couturier, si vous aussi, vous souhaitez vous renseigner un peu plus à son sujet. En complément, je vous propose également de regarder le film Yves Saint Laurent de Jalil Lespert, sorti en 2014 avec dans le rôle du couturier, Gaspard Uliel, dont l’interprétation ne vous laissera sans doute pas de marbre. La relation avec Pierre Bergé est l’aspect de sa vie le plus développé, ainsi que sa sexualité et son goût pour la provocation, ce qui est une approche différente de Laurence Benaïm dans son autobiographie, mais qui peut être intéressante en tant que complément.

Gaspard Ulliel dans le rôle d’Yves Saint Laurent

Bonne lecture, et éventuellement bon visionnage !

Yves Saint Laurent, Laurence Benaïm, Grasset, 26€ (édition de 2018 revue et augmentée).