Une exposition qui casse la démarche

Je suis allée faire un tour hier au Musée des Arts Décoratifs à Paris, qui est mon musée préféré, afin de visiter l’exposition intitulée « Marche et démarche, une histoire de la chaussure », dont je vais vous parler aujourd’hui.

J’aime énormément ce musée car il propose très régulièrement des expositions temporaires sur le thème de la mode et je trouve que la plupart du temps les expositions sont très bien mises en scène, les décors magnifiques et le contenu riche et intéressant. J’ai déjà été visiter l’exposition qui retraçait l’histoire de la griffe Maison Margiela chez Hermès, et vous vous en souvenez peut-être, mais c’est ce musée qui a accueilli la rétrospective des œuvres de Christian Dior il y a de cela quelques années, exposition qui avait fait beaucoup de bruit dès sa sortie et qui a été un énorme succès (et bien sûr, que j’ai ratée… 😦 ).

Du coup, quand j’ai vu cette nouvelle exposition sur le thème des chaussures, j’ai tout de suite eu envie de la visiter, et je vais vous en parler dans ce nouvel article.

La devanture du musée

Cette exposition vise à montrer l’importance de la chaussure à travers les années, depuis le Moyen-Âge jusqu’à aujourd’hui, autant dans son aspect utile qu’esthétique, ainsi que les différentes évolutions de celle-ci dans plusieurs dimensions sociologiques, pratiques, historiques… Les modèles présentés étaient regroupés en salle selon la thématique auxquels ils renvoyaient, ce qui créaient une réelle cohérence entre les chaussures exposées dans une même salle, bien que celles-ci renvoyaient à des époques ou des modes tout à fait différentes. Le commissaire de cette exposition est Denis BRUNA, conservateur en chef, collections mode et textile antérieures à 1800.

J’ai vraiment apprécié l’aspect sociologiques développé dans une des salles particulièrement, qui traitait des « fleurs de lotus », cette coutume ancestrale chinoise qui consistait à bander les pieds des femmes depuis leur très jeune âge afin de maintenir la taille de leurs pieds en-dessous de dix centimètres à l’âge adulte. Les chaussures qu’elles portaient pour recroqueviller leurs pieds ressemblaient fort à des fleurs de lotus en eclosion, d’où le nom de cette pratique. Ce que je ne savais pas, c’est que derrière cette coutume qui paraît barbare aujourd’hui se cache une réalité sociologique bien plus dérangeante. En effet, les hommes considéraient comme érotique cette partie du corps des femmes, et le fait de bander leurs pieds incommodaient celles-ci dans leurs déplacements, ce qui les forçait à rester chez elles, en bonnes épouses dociles. Génial. Cela consistait donc à satisfaire les hommes et assurer leur supériorité. Mais il faut savoir que cette pratique s’est également développée en Occident, et s’est maintenue jusqu’au début du Xxè siècle. Il n’y a même pas cent ans donc…

En outre, les aspects étudiés étaient vraiment intéressant, j’ai trouvé l’exposition bien construite, les thématiques pertinentes. Il y avait plusieurs supports médiatiques, des chaussures évidemment, mais aussi des films projetés, des affiches de publicité, des photographies… Des modèles emblématiques étaient exposés, comme la Stan Smith, la Nike Cortez, mais également la Ballerine de Louboutin, les bottines en pied de cheval, etc.

Je pense que cette exposition peut être intéressante pour à peu près tout le monde, puisque avant d’être une exposition sur les chaussures, c’est un témoignage de l’évolution d’un accessoire pas si accessoire d’ailleurs, que l’on utilise tous et tous les jours, et dont nous ne voyons pas forcément les changements au fil du temps.

Une des salles était même dédiée à l’essayage de reproduction de modèles de chaussures qui paraissaient importables, et l’essayage de celles-ci donnait lieu à des scènes très drôles. L’exposition joue énormément sur l’aspect ludique et un peu décalé, ce que j’ai personnellement beaucoup apprécié.

En revanche, un reproche que je peut faire par rapport à cette exposition est la mise en scène un peu simple à mon goût. En effet, comme je vous disais au début de l’article, je suis habituée à voir des expositions très travaillées dans ce musée, avec un vrai jeu sur la mise en scène de l’exposition, autant dans la diversité des formes médiatiques que dans les décors utilisés dans les différentes salles d’exposition. Pour celle-ci, j’ai été un peu déçue qu’elle soit présentée de manière si simple, avec une typographie assez sobre et des salles peu décorées. Bien sûr, les modèles exposés étaient assez singuliers en eux-mêmes pour donner vie aux différentes pièces. Malgré tout, j’aurais préféré un travail un peu plus approfondi sur la mise en scène. De plus, mais là ce n’est pas directement lié à l’exposition, je vous conseille vivement si vous avez la possibilité de choisir l’horaire de votre venue à Paris de venir visiter cette exposition le matin dès l’ouverture. Avec ma sœur, nous y sommes allées aux alentours de quinze heures et le musée était saturé de monde, ce qui rendait parfois l’accès aux modèles exposés assez compliqué, et ce qui a nuit un peu au plaisir de visiter. Pareil, quand nous sommes arrivées, nous avons vu une queue de personnes tout le long du musée à l’extérieur, ce qui nous a un peu refroidies au départ. Mais après avoir demandé confirmation au vigile, vous n’êtes pas obligés de faire la queue si vous bénéficiez de la gratuité, accordée entre autres au personnes de moins de vingt-six ans ! Raison de plus pour y aller, l’entrée était gratuite pour nous, ce qui est appréciable pour une exposition temporaire parisienne. Le tarif normal est de onze euros.

En conclusion, je dirais que j’ai beaucoup apprécié cette exposition qui était très complète et très intéressante d’un point de vue historique, malgré l’affluence de monde et l’attente qui peut être un peu décourageante si vous ne bénéficiez pas de la gratuité pour l’entrée. Je vous conseille d’y faire un tour si vous être de passage à Paris jusqu’au 23 février, mais prévoyez large au niveau de l’horaire, ou allez-y tôt le matin ! Et si vous ne pouvez pas y aller, je vous met en lien le site du Musée qui vous permet de découvrir l’exposition à travers des vidéos et des explications directement sur le site, ce qui est une très bonne initiative je trouve pour toutes les personnes qui n’habitent pas Paris mais qui seraient quand même intéressées.

Exposition « Marche et démarche, une histoire de la chaussure », au Musée des Arts Décoratifs, 107 rue de Rivoli, du 7 novembre 2019 au 23 février 2020.